Lire le pied d'un chawan : ce que révèle le kōdai
Écrit par l'équipe ZenKiln · depuis notre atelier de Tokyo
Prenez presque n’importe quel bol à thé japonais et les premières choses que vous remarquez sont l’émail, la peinture, la silhouette. Les collectionneurs expérimentés regardent d’abord ailleurs : ils retournent le bol. Le pied annulaire — le kōdai (高台) — est la partie la plus honnête d’un chawan. La surface émaillée vous montre ce que le créateur voulait vous faire voir ; le pied vous révèle comment le bol a réellement été fabriqué. Ce guide explique comment se forme un kōdai, les formes classiques de pied annulaire qu’il vaut la peine de connaître, ce que l’argile exposée raconte, et comment l’examiner sans mettre le bol en danger.
Qu’est-ce qu’un kōdai ?
Le kōdai (高台) est le pied annulaire surélevé situé sous un récipient en céramique japonais. Il soulève le corps de la table, offre au buveur une prise par en dessous et — parce qu’il est généralement laissé sans émail — expose l’argile brute du bol. Dans la culture du thé, le pied est traité comme une partie légitime du dessin, et non comme un détail secondaire.
Ce dernier point distingue le chawan de la plupart de la vaisselle occidentale. Une assiette de service industrielle cache sa base ; un bol à thé la présente. Lorsqu’un chawan circule pour être admiré après le thé, les invités sont censés regarder le pied — sa forme, les traces de tournassage, la texture de l’argile — aussi attentivement qu’ils ont regardé l’émail. Le kōdai est l’endroit où la main du potier se dissimule le moins.
Comment se fabrique un pied annulaire
Sur un bol tourné, le pied n’est pas tourné — il est taillé. Le potier monte le bol en laissant un surplus d’argile à la base, le laisse raffermir jusqu’à l’état de dureté cuir, puis le retourne sur le tour et retire l’excédent à l’aide d’une kanna, un petit outil à tournasser en acier. Ce procédé, appelé kezuri (削り), dégage le pied annulaire et amincit les parois inférieures jusqu’à leur poids final.
Le tournassage laisse des indices. De fines lignes d’outil concentriques, un léger broutage là où la kanna a sauté, une spirale là où le potier a terminé le centre du pied — ces marques sont propres à la vitesse et au toucher du créateur, et c’est pourquoi deux bols au motif identique peuvent se sentir différemment en main. Les bols montés à la main, y compris de nombreux chawan de type raku, se passent entièrement du tour : leurs pieds sont taillés à main levée et tendent à être plus bas, aux bords plus doux et moins symétriques, ce qui relève de leur caractère plutôt que d’un défaut.

Petit guide de terrain des types de pied annulaire
Le vocabulaire des accessoires à thé nomme les pieds annulaires comme le vocabulaire du vin nomme les finales. Quelques-unes des formes classiques :
- Wa-kōdai (輪高台) — le pied annulaire circulaire standard, proprement tournassé. La forme par défaut sur la plupart des chawan en porcelaine et en grès.
- Takenofushi-kōdai (竹節高台) — un pied « nœud de bambou » au profil étagé évoquant l’articulation d’un bambou, fortement associé aux bols de type Ido de la tradition de la péninsule coréenne que prisaient les maîtres de thé japonais.
- Wari-kōdai (割高台) — un pied fendu ou entaillé, délibérément découpé en un ou plusieurs endroits. Un choix audacieux et sculptural que l’on voit sur certains accessoires à thé de style période Momoyama.
- Kairagi (梅花皮) — non pas une forme de pied mais une texture de pied : un émail qui a rampé et perlé en granules rugueuses autour du corps inférieur et du pied, nommé d’après sa ressemblance avec l’écorce de fleur de prunier. Sur les bols de type Ido, il est célébré, non réparé.
Aucun de ces termes n’est un système de notation. Un simple wa-kōdai sur un bol bien fait n’est pas « inférieur » à un spectaculaire wari-kōdai — le pied doit convenir au bol. Ce que le vocabulaire vous offre, c’est une manière de remarquer des choix délibérés que vous pourriez sans cela prendre pour des accidents.

Ce que l’argile exposée vous révèle
Parce que le pied est généralement sans émail, c’est le seul endroit où vous pouvez voir et toucher le corps d’argile réel d’un chawan :
- Couleur et texture. Un pied d’un blanc éclatant, lisse et vitreux indique la porcelaine. Un pied gris, chamois ou aux tons rouille à grain visible indique le grès ou la faïence. Les argiles riches en fer cuisent plus sombre et présentent souvent de petits points foncés.
- Logique du poids. Un bol qui tombe bien en main a généralement un pied tournassé en proportion de ses parois. Un pied laissé épais et lourd sur un bol à parois fines, ou l’inverse, trahit une finition moins soignée.
- Traces de cuisson. De petites cicatrices rugueuses sur le pied ou à l’intérieur — les me-ato (目跡) — sont les marques laissées par les petits supports qui empêchaient les pièces empilées de fusionner dans le four. Sur les pièces traditionnelles cuites au bois, elles sont acceptées comme une part de la biographie du bol.
- Le test d’honnêteté de l’anneau. Un pied sans émail n’est pas un pied inachevé. Laisser le kōdai nu est délibéré : l’émail à cet endroit soudrait le bol à la sole du four pendant la cuisson.

Marques, sceaux et signatures
Le dessous est aussi l’endroit où la plupart des fours et des ateliers signent leur travail. Sur la céramique Kutani moderne, par exemple, on trouve couramment une marque rouge ou or portant 九谷 (Kutani) accompagnée du nom du four ou de l’atelier — les bols de notre propre catalogue portent des marques comme le sceau rouge 遊 de l’atelier Iroe Yū ou la marque 九谷 幸山 du four Kōzan, tous deux dans la préfecture d’Ishikawa. Quelques notes pratiques :
- Une marque de pied identifie le four ou l’atelier, pas nécessairement un artiste en particulier, sauf indication du créateur.
- L’absence de marque est fréquente sur les pièces populaires anciennes et dans certaines traditions qui, historiquement, ne signaient pas — un pied non marqué n’est pas la preuve d’une contrefaçon.
- Sur les pièces livrées en coffret, la boîte en bois signée (tomobako) porte souvent plus de détails d’attribution que le pied lui-même ; gardez la boîte et le bol ensemble.
Comment examiner correctement un pied annulaire
Lors d’une réunion de thé formelle, l’examen des ustensiles — haiken (拝見) — se fait à l’invitation de l’hôte, et l’étiquette existe surtout pour protéger les pièces. La même logique s’applique chez soi ou à la table d’un marchand :

- Retirez bagues et montres avant toute manipulation.
- Travaillez bas : maintenez le bol à quelques centimètres au-dessus d’une surface douce — un tissu, un tatami ou vos genoux — jamais à hauteur de poitrine au-dessus d’un sol dur.
- Soutenez le corps d’une main et inclinez le bol vers vous plutôt que de le retourner au-dessus de votre tête.
- Passez le bout du doigt, pas l’ongle, autour du pied pour sentir le tournassage.
- Reposez le bol pied d’abord, en douceur — l’anneau sans émail peut rayer la laque et le bois poli, alors utilisez un tissu ou une planche sur les surfaces délicates.
Pour l’entretien au quotidien d’un bol à matcha et de ses outils compagnons, consultez notre guide d’entretien du bol à matcha, du chasen et du chashaku. Vous découvrez l’étiquette du chawan en général ? Commencez par comment tenir un chawan et nos cinq traditions de bols à thé que tout collectionneur devrait connaître.
Des pieds qui méritent qu’on les retourne : le chawan dans la collection ZenKiln
Chaque chawan que nous proposons est photographié et décrit avec son créateur indiqué, et le pied de chacun raconte sa propre histoire :
- Chawan à matcha Kutani Hana floral de l’atelier Iroe Yū — grès tourné à la main portant le sceau rouge 遊 de l’atelier au pied.
- Bol à matcha au lièvre bondissant sous la lune Kutani Hane-Usagi du four Kōzan — grès à émail de cendre gris moucheté avec une marque de pied or 九谷 幸山.
- Chawan à matcha Kutani Hidamari aux lapins — une paire de lapins peints au-dessus d’un wa-kōdai tournassé, coffret cadeau en paulownia inclus.
- Bol à thé Hidamari aux chats parmi les fleurs — émail gris wabi-sabi sur grès, Ø 11 cm, avec boîte kiri.
Parcourez la gamme complète dans notre collection d’accessoires à thé.
Foire aux questions
Qu’est-ce que le kōdai sur un bol à thé japonais ?
Le kōdai est le pied annulaire situé sous le bol. Il est taillé (et non tourné) à l’état de dureté cuir, généralement laissé sans émail, et il est considéré comme une partie intentionnelle du dessin du bol dans la culture du thé japonaise.
Pourquoi les collectionneurs retournent-ils un bol à thé ?
Le pied est la partie la moins dissimulée d’un chawan. Il révèle le corps d’argile brute, le style de tournassage du créateur, les traces de cuisson et tout sceau ou signature de four — des informations que la surface émaillée masque.
Un pied sans émail signifie-t-il que le bol est inachevé ?
Non. Le pied est laissé nu délibérément, car l’émail sur le pied soudrait le bol à la sole du four pendant la cuisson. L’argile exposée fait partie de la manière dont un chawan est censé être apprécié.
Qu’est-ce que le kairagi ?
Le kairagi (梅花皮) est un émail qui a rampé et perlé en granules rugueuses près du pied, nommé d’après sa ressemblance avec l’écorce de fleur de prunier. Sur les bols à thé de type Ido, c’est un trait célébré plutôt qu’un défaut.
Tous les chawan portent-ils une marque de créateur sur le pied ?
Non. De nombreuses pièces populaires anciennes et certaines traditions n’étaient historiquement pas signées. Une marque identifie un four ou un atelier lorsqu’elle est présente, mais un pied non marqué n’est pas la preuve d’une contrefaçon — les pièces en coffret portent souvent l’attribution sur le tomobako signé à la place.
Comment dois-je reposer un chawan sur une table en bois ?
En douceur, pied d’abord, idéalement sur un tissu ou une planche. L’anneau de pied sans émail est assez abrasif pour rayer la laque et le bois poli avec le temps.
Note de la rédaction : la terminologie du pied annulaire dans cet article reflète le vocabulaire établi des accessoires à thé japonais. Lorsque des fours individuels sont mentionnés, l’attribution suit les informations sur le créateur indiquées sur chaque page produit ; nous n’attribuons pas de marques, de dates ni de créateurs au-delà de ce que nos fournisseurs documentent.


