Retournez délicatement un bol à thé entre vos mains : son dessous offre un autre regard sur sa fabrication. Le pied annulaire, ou kōdai (高台), peut laisser voir la terre nue, des traces de tournassage ou un sceau sous la surface décorée. Ces détails vous aident à examiner un bol ; ils ne suffisent pas, à eux seuls, à en établir l’auteur ou l’âge.
Qu’est-ce qu’un kōdai ?
Le kōdai est le pied surélevé, parfois annulaire, situé sous un récipient en céramique. Il soutient le bol et surélève son corps par rapport à la table. Lorsque le pied n’est pas émaillé, la pâte céramique est visible à côté de la surface finie.
Note sur les images : les illustrations du procédé et des types de pieds expliquent les termes ci-dessous ; elles ne documentent ni un atelier nommé ni des objets historiques authentifiés. Les deux photographies de produits ZenKiln sont identifiées séparément.
Comment se forme un pied annulaire
Une méthode courante consiste à tourner un bol en laissant un surplus de terre à la base, à le laisser raffermir jusqu’à la consistance du cuir, puis à le retourner et à dégager un anneau à l’aide d’un outil tel qu’un kanna. Ce n’est pas la seule méthode : selon le récipient, les pieds peuvent aussi être formés lors du tournage ou rapportés séparément.
Repérez les lignes concentriques laissées par l’outil, les traces de vibration ou une spirale à l’intérieur de l’anneau. Elles témoignent de certains gestes du tournassage, sans qu’une marque particulière constitue pour autant la signature d’un fabricant. De nombreux bols de type Raku, façonnés à la main, ont des pieds taillés sans tour ; leurs contours peuvent être moins réguliers.

Formes de pieds et textures de surface
Ces termes décrivent différentes caractéristiques du dessous :
- Wa-kōdai (輪高台). Un pied en anneau circulaire.
- Takenofushi-kōdai (竹節高台). Un pied à profil étagé évoquant un « nœud de bambou », associé aux bols coréens de type Ido admirés dans la pratique japonaise du thé.
- Wari-kōdai (割高台). Un pied volontairement fendu ou entaillé à un ou plusieurs endroits.
- Kairagi (梅花皮) décrit les zones rugueuses et perlées où l’émail s’est rétracté, souvent autour du pied d’un bol Ido. Il s’agit d’une texture de surface, et non d’une forme de pied. Le terme est associé à la texture granuleuse de la peau de raie plutôt qu’à l’écorce du prunier.
Ces noms décrivent la forme, et non la qualité. Observez comment les proportions et le contour du pied s’accordent avec le reste du bol.

Ce que révèle la terre apparente
Une zone laissée nue permet d’observer de plus près la pâte céramique :
- La couleur et la texture donnent des indices. Certaines pâtes de porcelaine sont claires et fines, tandis que nombre de pâtes de grès ou de terre cuite présentent des grains visibles ou des teintes ferrugineuses. Les compositions, les cuissons et les traitements de surface varient : le seul pied apparent ne permet donc pas de déterminer avec certitude le matériau ou la provenance.
- L’équilibre. Observez comment le pied soutient le bol et la sensation de poids à l’usage. Un pied massif peut être un choix délibéré.
- Les marques de cuisson. Les me-ato (目跡) sont les traces de petits supports utilisés pour maintenir les pièces séparées pendant la cuisson. Distinguez ces marques d’origine des éclats ou de l’abrasion survenus ultérieurement.
- La zone nue empêche généralement l’émail de coller aux supports d’enfournement. D’autres dispositifs de support permettent d’émailler entièrement le pied : un anneau non émaillé n’est donc ni un travail inachevé ni une obligation pour tous les bols.

Marques, sceaux et signatures
Une marque peut désigner une région, un four, un atelier ou une personne. Lisez-la en parallèle de la documentation du fabricant et des autres documents relatifs à l’objet ; un nom régional comme Kutani n’est pas nécessairement la signature d’un artiste.
- Un pied sans marque ne prouve pas qu’il s’agit d’un faux. Dans certaines traditions, et pour de nombreuses pièces anciennes, les objets n’étaient pas signés ; évaluez le bol avec ses documents plutôt que de considérer un sceau comme une garantie.
- Conservez avec le bol sa boîte en bois signée, ou tomobako, et ses documents. Ils peuvent fournir des indications d’attribution qui dépassent la marque du pied, mais doivent être examinés à la lumière de l’histoire de l’objet.
Comment examiner correctement un pied annulaire
Lors d’une réunion de thé formelle, attendez que l’hôte vous invite à examiner les ustensiles : c’est le haiken (拝見). Chez vous ou en boutique, manipulez le bol près d’une surface protégée :

- Retirez les bagues et les montres qui pourraient heurter ou rayer le bol.
- Gardez-le près d’une surface douce et stable. Évitez de le soulever au-dessus d’un sol dur pour en examiner le dessous.
- Soutenez-le des deux mains et inclinez-le délicatement vers vous.
- Observez attentivement les zones rugueuses ; ne frottez pas un bord tranchant ou endommagé.
- Reposez-le doucement. Un pied non émaillé peut rayer la laque ou le bois poli : protégez la surface avec un tissu ou un tapis adapté.
Pour l’entretien quotidien d’un bol à matcha et de ses accessoires, consultez notre guide d’entretien des ustensiles à matcha. Vous découvrez les usages liés au chawan ? Commencez par notre guide pour tenir un chawan et notre présentation de cinq traditions de bols à thé.
Deux pieds réels, vus de dessous
Le bol au lapin bondissant présente un anneau clair de terre nue autour d’un creux émaillé gris. Une marque carrée dorée se trouve dans ce creux, et une fine ligne brune suit la limite de l’émail. Sur le bol Hidamari Cats, on distingue les trois mêmes zones : l’anneau de contact, le centre en creux et la paroi qui l’entoure. Le centre porte toutefois une marque rouge.


Ces photographies fournissent des détails précis à comparer avec la fiche du produit. Elles ne permettent ni de vérifier si le bol repose bien à plat ni d’identifier la composition de sa pâte. Lorsque vous documentez un bol, consignez séparément la marque, la description de la pâte et l’attribution à un fabricant ; une marque seule ne peut fournir ces trois informations.
Comparer les bols de la collection
Cherchez une photographie du dessous, en plus d’une vue du bord et de l’intérieur. Si le pied ou l’inscription manque de netteté, demandez une image plus rapprochée. Ces pages produits proposent des exemples à comparer :
- Bol à matcha chawan Kutani Hana à décor floral, atelier Iroe Yū.
- Bol Kutani Hane-Usagi au lapin et à la lune, atelier Kōzan Kiln.
- Bol à matcha chawan Kutani Hidamari au lapin.
- Bol à thé Hidamari aux chats parmi les fleurs.
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Sources : la notice du musée Gotoh consacrée au Kokonoe Ido décrit le kairagi comme une rétraction de l’émail autour du pied ; une notice du Musée national de Kyoto sur une monture de sabre explique le terme apparenté désignant la texture de la peau de raie. Ni l’aspect ni une marque ne remplacent la provenance documentée de chaque objet.


